DICTATURE


DICTATURE
DICTATURE

La dictature est un régime politique autoritaire, établi et maintenu par la violence, à caractère exceptionnel et illégitime. Elle surgit dans des crises sociales très graves, où elle sert soit à précipiter l’évolution en cours (dictatures révolutionnaires), soit à l’empêcher ou à la freiner (dictatures conservatrices). Il s’agit en général d’un régime très personnel; mais l’armée ou le parti unique peuvent servir de base à des dictatures institutionnelles.

Le terme de dictature est emprunté au vocabulaire politique de la République romaine. En cas de crise sérieuse, on y créait un «dictateur», magistrat investi de pouvoirs quasi absolus pour une durée limitée (six mois en principe): ensuite on revenait à l’organisation normale des pouvoirs publics. La notion moderne de dictature est très différente, sauf sur un point: le caractère exceptionnel, anormal, du régime. Pour le reste, elle correspond plutôt à la notion grecque de la tyrannie, développée par les auteurs classiques à partir des expériences des VIIe et VIe siècles avant J.-C. Le tyran était, comme le dictateur romain, un personnage investi de pouvoirs absolus en dehors du régime politique habituel. Mais il les avait conquis et les maintenait par la violence, non par des procédures légales.

1. La notion moderne de dictature

On appelle dictatures des régimes politiques présentant trois caractères fondamentaux: ces régimes sont installés et ils se maintiennent par la force, qu’il s’agisse de celle de l’armée régulière (d’où le grand nombre de dictateurs militaires), de celle de milices privés, de celle d’organisations politico-policières, etc.; ils sont autoritaires et arbitraires, c’est-à-dire qu’ils suppriment en fait les garanties de la liberté des citoyens, même s’ils continuent à les proclamer en droit; ils ne correspondent pas à la structure politique estimée normale par la majorité des citoyens, c’est-à-dire qu’ils sont privés de légitimité, ou que leur légitimité n’est reconnue qu’à titre transitoire (on accepte cette structure politique exceptionnelle parce qu’elle est nécessaire dans l’immédiat, mais on ne la reconnaît pas comme une structure permanente).

Ce dernier élément exige quelques explications. Certaines dictatures sont considérées comme tout à fait illégitimes: le dictateur est un aventurier qu’on subit sans l’accepter. D’autres dictatures sont jugées légitimes à condition qu’elles disparaissent avec les circonstances exceptionnelles qui seules les justifient (une guerre, des troubles civils graves, etc.): c’est la notion romaine. Mais certains admettent que les circonstances exceptionnelles puissent se prolonger tout le temps nécessaire à une transformation radicale de la société: on glisse ainsi vers une normalisation de la dictature, régime toujours transitoire, mais qui peut durer alors plusieurs générations.

Enfin, certains théoriciens d’extrême droite considèrent la dictature comme un régime totalement permanent, qu’il n’est pas question de voir disparaître un jour. Les fascismes du XXe siècle correspondent à cette conception. Ainsi Hitler parlait-il du Reich «millénaire» à propos de son régime. Mais on passe alors à une notion de dictature très différente. Le troisième élément de la définition – le caractère anormal, exceptionnel, illégitime – cesse en grande partie. Le régime est jugé habituel et normal. Il acquiert du même coup une légitimité, que sa propagande développe. Cependant, elle reste différente du système de légitimité ordinairement admis à la même époque par les pays de même civilisation. À ce titre, elle ne convainc pas entièrement l’opinion.

L’absence ou l’insuffisance de légitimité de la dictature explique en partie qu’elle se maintienne par la violence. Privé du «génie invisible de la cité» qui permet de se faire obéir sans contrainte, le gouvernement n’a plus que celle-ci pour asseoir son autorité. Cependant la violence et l’autoritarisme de la dictature ont une autre source, ou plus exactement cette source-là – l’illégitimité – n’est que la résurgence d’une source plus profonde: l’ampleur des antagonismes sociaux.

2. Crises sociales et dictature

La problématique

Les sociétés humaines sont caractérisées par un conflit permanent entre les privilégiés et les désavantagés, les riches et les pauvres, les oppresseurs et les opprimés. Cette lutte des classes ne correspond pas nécessairement aux schémas marxistes et elle ne repose pas forcément sur la propriété privée des moyens de production. Mais elle existe toujours. Cependant, elle est souvent atténuée par l’inconscience des exploités, par leur accoutumance à l’exploitation, ou encore par le fait que leur situation est relativement vivable et qu’elle s’améliore.

Dans cette dernière hypothèse, il existe un consensus relatif sur les structures politiques. Bien que tout le monde ne soit pas satisfait, tout le monde ou presque accepte les règles du jeu, qui sont ainsi considérées comme légitimes. Alors l’État peut être plus ou moins tempéré, en même temps que fondé sur des procédures régulières. Mais si la lutte des classes s’aggrave, soit parce que la situation des opprimés empire, soit parce qu’ils deviennent plus conscients de leur oppression, le consensus sur les institutions politiques disparaît et la violence se développe. Les dictatures surgissent d’ordinaire dans une telle situation.

L’histoire

À travers l’histoire, les dictatures se développent davantage à certaines époques qui correspondent aux grandes mutations sociales. Ainsi la grande épidémie de dictature dans la Méditerranée grecque aux VIIe et VIe siècles avant J.-C.: les «tyrannies» correspondaient à l’éclatement des cités agraires aristocratiques, sous la poussée du commerce et de la navigation. La bourgeoisie nouvelle et la plèbe constituée par ses ouvriers, ses employés, ses auxiliaires, devenues puissantes, n’acceptaient plus la domination de l’aristocratie agricole, ni son idéologie, ni son système de civilisation. La République romaine se trouvait dans une situation analogue au Ier siècle avant J.-C., au moment des grandes dictatures de Marius, de Scylla, de César.

Dans l’Europe de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance, les conflits sont du même genre. Le développement de l’artisanat, du commerce, des communications, voire de l’industrie, secoue le vieux système féodal. La crise évoluera parfois à l’intérieur des structures existantes, qu’elle bouleversera profondément sans les abattre: les monarchies modernes centralisées en seront l’aboutissement. La féodalité plus émiettée, et surtout les villes plus développées et plus autonomes, le conflit provoquera l’avènement de dictatures assez proches, toutes proportions gardées, de celles de l’Antiquité grecque et romaine: ainsi dans les cités italiennes, allemandes ou flamandes. Les guerres de Religion aggraveront les antagonismes: mais elles sont en partie la conséquence de ceux-ci plutôt que leur cause, bien qu’elles dépassent largement le concept de lutte des classes.

Les bouleversements sociaux qui ont suivi les révolutions industrielles et le développement du capitalisme ont entraîné de nouvelles vagues de dictatures à l’époque moderne. Celles de Cromwell et de Bonaparte appartiennent à la première vague, bien qu’elles se différencient profondément l’une de l’autre: elles correspondent à la lutte de la bourgeoisie industrielle et commerçante contre l’État monarchique et aristocratique. Hitler, Mussolini, Staline... appartiennent à la deuxième vague: ils s’identifient à l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat industriel que son développement a engendré, et qui n’accepte pas l’État capitaliste libéral.

Les dictatures de l’Amérique latine, du Moyen et de l’Extrême-Orient, de l’Afrique correspondent à des situations intermédiaires, compliquées par l’impérialisme et le colonialisme des nations industrielles. Les grands propriétaires fonciers locaux sont un peu l’équivalent des aristocraties européennes du XVIIIe ou du XIXe siècle, et le capitalisme industriel est représenté par les grandes entreprises étrangères. Les premières exploitent une paysannerie pauvre et arriérée; les secondes un prolétariat ouvrier moins malheureux matériellement que celle-ci, mais tout aussi exploité. L’ensemble engendre des antagonismes d’autant plus violents que les médias font connaître aux masses le niveau de vie élevé et la situation générale qui existent dans les pays industrialisés.

Le niveau de développement influe sur l’apparition et le maintien des dictatures. On pense aujourd’hui que les nations industrielles tendent vers la démocratie politique et que la dictature s’y manifeste plus difficilement. L’élévation générale de la consommation y rend l’inégalité des situations et des revenus moins intolérable et diminue la violence des antagonismes sociaux. L’extension de la culture et des moyens d’information y rend l’oppression intellectuelle moins supportable: la liberté fait en quelque sorte partie du bien-être général. Les dictatures sont effectivement rares dans les pays industriels avancés et nombreuses dans les pays en voie de développement. Il faut se garder cependant de toute conclusion hâtive à cet égard. Le recul dont nous disposons pour apprécier l’évolution des nations industrielles reste peut-être insuffisant. De plus, la plus terrible dictature de l’histoire s’est établie dans le pays le plus moderne de l’époque, dans la nation la plus industrialisée: l’Allemagne de 1933-1945.

3. Dictatures conservatrices et dictatures révolutionnaires

On a tendance à assimiler la dictature aux fascismes contemporains, qui n’en sont qu’une forme parmi d’autres. Aussi considère-t-on souvent la dictature comme un régime conservateur (qui veut maintenir l’ordre établi, en faveur de ses privilégiés), voire réactionnaire (qui tend à revenir à un ordre ancien, plus injuste). Ce jugement n’est pas fondé. L’histoire connaît deux types de dictatures: les dictatures conservatrices ou réactionnaires et les dictatures révolutionnaires. Les premières emploient la violence et suppriment les institutions libérales afin de maintenir l’essentiel du système social en vigueur que ses bénéficiaires ne pensent plus pouvoir conserver par les moyens légaux. Les secondes utilisent les mêmes moyens pour transformer le système social en vigueur, de façon à supprimer – ou à diminuer – l’inégalité et l’injustice.

La violence

Dans les deux cas, on se trouve dans une situation de crise, où l’ordre établi est fortement menacé par la pression des classes et des groupes qu’il opprime, de sorte qu’il est près d’être renversé. Les classes privilégiées emploient la dictature pour empêcher à tout prix la subversion, parce qu’il est impossible de faire autrement – ou qu’elles croient ou font croire qu’il est devenu impossible de faire autrement. Les classes privilégiées grossissent le danger pour justifier la dictature; souvent aussi, elles se croient plus menacées qu’elles ne sont. L’Italie ne risquait pas réellement le socialisme quand Mussolini s’y installe au pouvoir, ni l’Allemagne le communisme au moment de l’avènement de Hitler.

Si les classes ou les catégories opprimées réussissent au contraire à prendre le pouvoir dans une situation semblable, elles ne peuvent le conserver que par la violence. La dictature sert alors à accélérer l’évolution en cours, de façon à créer une société nouvelle où les antagonismes s’affaiblissent, où le consensus se rétablisse, entraînant la disparition de la dictature. La théorie de la dictature révolutionnaire a été d’abord élaborée en 1793-1794 par les Jacobins. La république était un régime beaucoup trop en avance sur la société française d’alors, paysanne et analphabète, encore dominée par des croyances religieuses archaïques et une mythologie monarchique. Elle ne pouvait donc se maintenir que par la Terreur qui – associée à l’éducation [cf. SAINT-JUST (L.)] – avait pour but de développer chez les citoyens la «vertu» au sens de Montesquieu, c’est-à-dire le civisme. Cet objectif atteint, on aurait pu établir un régime libéral.

Lénine a contribué à développer une théorie analogue en ce qui concerne l’établissement du socialisme: celle de la dictature du prolétariat, dont l’idée se trouve dans Marx, encore qu’elle soit peu développée par lui. Une fois que la classe ouvrière aura pris le pouvoir par la révolution, elle devra l’utiliser pour détruire la bourgeoisie et supprimer les séquelles de l’esprit bourgeois. Seule la dictature permettra ainsi de supprimer totalement le capitalisme, la domination de l’homme par l’homme et la lutte des classes. Alors, on pourra non seulement libéraliser l’État, mais même le faire dépérir, et l’on atteindra une société pleinement libre: ce sera la «phase supérieure du communisme».

La fin et les moyens

En fait, dans l’histoire, certaines dictatures ont eu un caractère réellement progressiste. C’est le cas précisément pour celle de Robespierre et celle de Lénine. C’est le cas pour des régimes de type kémaliste ou nassérien, comparés à des régimes de démocratie formelle qui masquent dans les pays en voie de développement la domination des grands propriétaires fonciers ou des entreprises de type colonial. Mais un régime de violence et d’arbitraire développe chez les dirigeants, à tous les niveaux de l’appareil d’État, des habitudes de domination et d’oppression qui disparaissent difficilement à la longue, et qui peuvent engendrer de terribles excès. Le régime stalinien l’a montré. Le dépérissement naturel de l’État ne s’est encore produit nulle part et, dans les dictatures, on a plutôt observé une tendance à son renforcement ou à sa sclérose.

Cela dit, il n’est pas toujours facile de distinguer les dictatures réactionnaires et les dictatures révolutionnaires. D’abord, à une époque où il était mieux admis d’être progressiste que d’être conservateur, les premières ont souvent tenté de se dissimuler sous l’apparence des secondes. D’où les vocables de «socialiste», «populaire», «ouvrier» dans les dictatures conservatrices. Ensuite, celles-ci rénovent parfois certains éléments de la société: Mussolini faisait arriver les trains à l’heure. Plus profondément, les fascismes modernes ont correspondu au passage de l’archéo-capitalisme fondé sur la libre concurrence de petites entreprises individuelles – auquel se rapporte assez bien le parlementarisme – à un capitalisme moderne à base de grandes firmes en situation de monopole ou d’oligopole. Par là, il a accéléré une évolution et allait dans le sens d’un certain progrès. Mais c’était pour conserver la structure capitaliste elle-même et l’inégalité qu’elle engendre.

Enfin, toutes les dictatures cherchent l’alliance des couches tout à fait inférieures de la population, de ce Lumpenproletariat dont Karl Marx notait qu’il était l’un des soutiens de Louis-Napoléon Bonaparte. Les auteurs de l’Antiquité pensaient de même que les dictateurs étaient généralement des démagogues. Cela dit, la différence reste nette entre des dictatures fondamentalement conservatrices comme celles de Hitler, de Mussolini, de Franco, de Salazar, des colonels grecs ou des généraux sud-américains (sauf exception), et les dictatures progressistes de Robespierre, de Lénine, d’Ataturk, de Nasser... Les situations vraiment ambiguës sont rares. Les plus intéressantes seraient celles de Napoléon Ier et de Napoléon III.

4. Les institutions des dictatures

On considère généralement la dictature comme un régime personnel, où un homme tire son pouvoir de sa personnalité et non de sa fonction. En fait, l’appel au « chamanisme » y est plus grand qu’ailleurs, parce que le prestige de l’individu est un moyen de créer une légitimité de substitution. Certes, les dictateurs tâchent toujours plus ou moins de s’approprier les formes de la légitimité qu’ils ont renversée. Autrefois, ils se faisaient consacrer par les devins ou les prêtres, alors que l’autorité venait de Dieu. Aujourd’hui, ils se font légitimer par des élections plébiscitaires, alors que l’autorité vient du peuple. Mais nul ne croit réellement à ces cérémonies, qui ont souvent des allures de mascarades. La théorie de l’homme providentiel, du génie exceptionnel, du personnage du destin est plus sérieuse. La fidélité personnelle au chef, au führer bien-aimé, au génial père des peuples devient alors la base essentielle du régime. Celui-ci prend de la sorte un caractère viager, c’est-à-dire fragile.

De ces dictatures personnelles, il faudrait cependant distinguer celles qu’on pourrait qualifier d’institutionnelles. Depuis toujours, ou plus exactement depuis qu’il existe des armées de métier, celles-ci ont servi de base à des dictatures. Ceux qui détiennent les armes disposent de moyens de pression considérables, auxquels il est souvent difficile de résister. S’ils servent le pouvoir régulier, dont ils assurent le maintien, il n’y a pas dictature. Mais ils sont parfois tentés de prendre eux-mêmes le pouvoir. Le plus souvent, ils le font au bénéfice de certaines forces sociales dont ils deviennent l’instrument: en général au profit des privilégiés, quelquefois à celui des opprimés (Kémal, Nasser). Exceptionnellement, il arrive que les militaires agissent essentiellement pour leur intérêt, pour garder les avantages du pouvoir. Ainsi, à Rome, les légions ont fait et défait les empereurs pendant une certaine période; dans la Renaissance italienne, les condottieri ont quelquefois institué de semblables dictatures, purement prétoriennes.

À l’époque contemporaine, il a fallu inventer une nouvelle institution qui puisse fonder une dictature: le parti unique. À travers l’ensemble de ses militants répartis dans tout le pays et unis par une discipline rigoureuse, le contact est établi entre le gouvernement dictatorial et la population. Le parti remplit une fonction de propagande fondamentale, qui tend à convaincre les citoyens des bienfaits du régime, donc à en renforcer la légitimité; elle a été plus développée dans les régimes communistes, où l’endoctrinement est essentiel et où le parti ressemble un peu à un clergé, que dans les pays fascistes, où le parti joue aussi un rôle de garde prétorienne et de police supplétive. Surtout, à travers l’organisme directeur du parti, la succession du chef est assurée: la dictature n’est plus personnelle mais institutionnelle.

dictature [ diktatyr ] n. f.
• fin XIIIe; lat. dictatura
1Antiq. rom. Magistrature extraordinaire, la plus élevée de toutes chez les Romains. Les proscriptions sous les dictatures de Marius, de Sylla.
2(1789) Mod. Régime politique autoritaire établi par un individu, une assemblée, un parti, un groupe social. absolutisme, autocratie, totalitarisme. Instaurer la dictature dans un pays. Dictature personnelle. dictateur. Vivre sous la dictature de qqn. La dictature de Cromwell, de la Convention. Dictature militaire. caporalisme, césarisme. « Les Jacobins avaient eu plus d'un an de dictature illimitée » (Michelet). Dictature fasciste, nazie. fascisme, nazisme. « Il est remarquable que la dictature soit à présent contagieuse, comme le fut jadis la liberté » (Valéry).
Hist. Dictature du prolétariat : stade politique devant mener à la société sans classe, dans le marxisme-léninisme (doctrine abandonnée avec la déstalinisation).
3(av. 1741) Fig. Pouvoir absolu, suprême. Dictature littéraire. tyrannie; autoritarisme, despotisme. « Toute la philosophie de cette dictature industrielle et commerciale aboutit à ce dessein impie : imposer à l'humanité des besoins, des appétits » (Duhamel).
⊗ CONTR. Anarchie, démocratie.

dictature nom féminin (latin dictatura) Régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une personne ou par un groupe de personnes (junte) qui l'exercent sans contrôle, de façon autoritaire ; durée pendant laquelle s'exerce le pouvoir d'un dictateur. Pouvoir absolu exercé par une personne ou un groupe dans un domaine particulier ; tyrannie. Influence extrême de quelque chose : La dictature de la mode. Sous la République romaine, magistrature extraordinaire exercée par le dictateur. ● dictature (citations) nom féminin (latin dictatura) Georges Bernanos Paris 1888-Neuilly-sur-Seine 1948 Les dictatures sont un grand effort manqué des peuples pour échapper au dégoût, à ce désœuvrement de l'âme. Nous autres Français Gallimard Georges Bernanos Paris 1888-Neuilly-sur-Seine 1948 La force et la faiblesse des dictateurs est d'avoir fait un pacte avec le désespoir des peuples. Nous autres Français Gallimard Karl Marx Trèves 1818-Londres 1883 La dictature du prolétariat. Commentaire Cette expression apparaît dans la Correspondance de l'auteur, dans une lettre de 1875 où Marx critique l'attitude du parti socialiste allemand. Elle fut reprise lors de la révolution bolchevique de 1917. ● dictature (expressions) nom féminin (latin dictatura) Dictature du prolétariat, pour les marxistes, période de transition qui suit la révolution socialiste et qui, caractérisée par la substitution à l'État bourgeois d'un État où le prolétariat exerce seul le pouvoir, doit permettre le passage à une société où l'État et les classes sont abolis. ● dictature (synonymes) nom féminin (latin dictatura) Régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une...
Synonymes :
Contraires :
- démocratie
Pouvoir absolu exercé par une personne ou un groupe dans...
Synonymes :

dictature
n. f.
d1./d Pouvoir absolu, sans contrôle.
|| POLIT Dictature du prolétariat: chez Marx, première étape de l'évolution vers le socialisme, pendant laquelle le prolétariat exerce le pouvoir et élimine la bourgeoisie.
d2./d Fig. La dictature de la mode.

DICTATURE, subst. fém.
A.— HIST. ROMAINE. Dignité, fonction de dictateur; institution, régime politique correspondants. Exercer la dictature. Sous la dictature de Sylla (Ac. 1932). On ne détruisit point la dictature; mais on eut recours simultanément à l'institution tribunitienne (CONSTANT, Princ. pol., 1815, p. 21). Élever à la dictature Papirius Cursor (MICHELET, Hist. romaine, t. 1, 1831, p. 157).
B.— P. ext. Régime politique dans lequel le pouvoir est entre les mains d'un seul homme ou d'un groupe restreint qui en use de manière discrétionnaire; (parfois) fonction correspondante. Dictature militaire, royale. Contre toutes les dictatures et notamment celle de Vichy (DE GAULLE, Mém. guerre, 1956, p. 445). La dictature incontestée du Comité de salut public (LEFEBVRE, Révol. fr., 1963, p. 389).
Spéc. Dictature du prolétariat. Selon la doctrine marxiste-léniniste, régime politique de transition entre la société capitaliste et la société sans classes, pendant lequel le prolétariat dirige l'État (cf. JAURÈS, Ét. soc., 1901, p. XXV).
C.— Au fig. Pouvoir absolu exercé par une personne, un groupe de personnes ou une force dans un domaine particulier. Dictature littéraire. La dictature de la pensée (STAËL, Consid. Révol. fr., t. 2, 1817, p. 223). La dictature du prix (PERROUX, Écon. XXe s., 1964, p. 475) :
Il [Balimont] voulait domestiquer les banques au profit de l'industrie, et par là, commander l'État.
— La dictature des trusts et des technocrates! dit encore Michel.
ABELLIO, Heureux les pacifiques, 1946, p. 131.
Vieilli. Attitude empreinte d'autorité. Il y avait de la dictature dans sa jovialité (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 160).
Rem. On rencontre chez Mme de Staël (Lettres div., 1794, p. 622) le subst. masc. dictatoriat, employé comme quasi-synon. de dictature, supra B. Certains dict. (GUÉRIN 1892, Lar. 19e-20e) enregistrent la forme dictatorat, avec la var. dictatoriat, au sens de ,,État gouverné par un dictateur``.
Prononc. et Orth. :[]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1286-90 antiq. rom. (PRIORAT, Trad. de Végèce, 445 — SATF — ds QUEM. Fichier); 2. av. 1654 fig. « pouvoir absolu » (Balz. ds Trév. 1704); 3. 1789 « concentration du pouvoir politique aux mains d'une personne » (Disc., 23 juin, Arch. Parl., 1re Sér., t. VIII, p. 146, col. 1 ds BRUNOT t. 9, p. 737, note 9). Empr. au lat. class. dictatura sens 1. Fréq. abs. littér. : 349. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 303, b) 349; XXe s. : a) 417, b) 787. Bbg. QUEM. 2e s. t. 1 1970.

dictature [diktatyʀ] n. f.
ÉTYM. V. 1290; du lat. dictatura, de dictator (→ Dictateur); var. dictaturie, mil. XIVe.
1 Didact. Hist. Dans l'antiquité romaine, Magistrature extraordinaire, la plus élevée de toutes. || Exercer la dictature. || Sénatus-consulte conférant la dictature. || S'emparer par force de la dictature. || Les proscriptions sous les dictatures de Marius, de Sylla. || La dictature perpétuelle de César. || Élever qqn à la dictature.
1 Au contraire de la tyrannie grecque qui fut toujours extra-légale et ne s'exerça que contre une catégorie de citoyens, la dictature romaine était prévue par la loi au nom du salut public. Elle était proclamée lorsqu'un grave péril, invasion, guerre civile ou sédition militaire, mettait en danger la « chose publique ». D'une durée limitée à six mois, elle ne visait qu'à permettre au pouvoir de prendre les mesures nécessaires au salut public, sans souci de ceux qu'elle pouvait gêner. D'où la fameuse devise : « Que le salut public soit la loi suprême. »
J. Bainville, les Dictateurs, p. 37.
2 En 49, il (César) avait tout de suite renoncé à la dictature strictement légale qui lui avait été décernée. En 47, en revanche, il se garda bien de se démettre de la dictature anormale qui lui avait été déférée à la fin de 48 pour l'année 47 tout entière, et satisfait d'avoir transgressé la constitution, il jugea prématuré de la renverser (…)
J. Carcopino, César, in Glotz, Hist. générale, III, t. II, II, p. 1038.
2 (1789). Cour. Concentration de tous les pouvoirs entre les mains d'un individu, d'une assemblée, d'un parti; organisation politique caractérisée par cette concentration de pouvoirs. Absolutisme, totalitarisme. || La dictature de Cromwell, de la Convention. || Caractère d'une dictature militaire. Caporalisme, césarisme. || Monarchie à caractère de dictature. Autocratie.
3 Les Jacobins avaient eu plus d'un an de dictature illimitée : non seulement toutes les places, mais l'absolue disposition du capital de la France.
Michelet, Hist. du XIXe siècle, Extraits historiques, p. 336.
Les dictatures du XXe siècle. Fascisme, nazisme. || Dictature fasciste. || Une dictature militaire issue d'un putsch.
4 Nous avons vu, en quelques années, sept monarchies (je crois) disparaître; un nombre presque égal de dictatures s'instituer (…) Il est remarquable que la dictature soit à présent contagieuse, comme le fut jadis la liberté.
Valéry, Regards sur le monde actuel, p. 94.
Dictature du prolétariat : prise et exercice du pouvoir total par les représentants, organisés en parti, de la classe prolétarienne. || La doctrine de la dictature du prolétariat est abandonnée par plusieurs partis communistes.
5 (Selon le marxisme-léninisme) La dictature du prolétariat est nécessaire : 1o pour opprimer ou supprimer ce qui reste de la classe bourgeoise; 2o pour réaliser la socialisation des moyens de production. Ces deux tâches accomplies, elle commence aussitôt à dépérir.
Camus, l'Homme révolté, p. 283.
3 (Av. 1654). Fig. Pouvoir absolu (dans un domaine non politique). || Dictature littéraire. || Exercer la dictature dans sa famille. Tyrannie; autoritarisme. || La dictature d'une coterie, d'une féodalité, des trusts.
6 Toute la philosophie de cette dictature industrielle et commerciale aboutit à ce dessein impie : imposer à l'humanité des besoins, des appétits.
G. Duhamel, Scènes de la vie future, XV, p. 230.
CONTR. Anarchie, démocratie, libéralisme.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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